Magic Mushroom
Clair Obscur a traversé les années 80 comme tant de groupes français qui voulaient proposer autre chose : dans l’ombre. Pourtant, à plusieurs reprises, le groupe des frères Demarthe a eu plus d’une raison d’espérer : la sortie de Dansez, un premier maxi excellent, puis un morceau sur l’Abstract n°6, le seul par un groupe français sur les légendaires compilations de Rob Deacon (Volume, aujourd’hui, c’est lui) et surtout le tube en puissance qu’aurait dû être Smurf in the Goulag en 86. Malgré cela, Clair Obscur galère pour sortir ses excellentes productions. Pour preuve, ce nouvel album Rock, le cinquième si l’on se fie à la date de sa sortie, le quatrième en réalité. Il a été enregistré en 90, donc bien avant Sans Titre, 1992, mais mixé en 93 seulement, faute d’argent. Remercions donc Prikosnovénie et Apocalyptic Vision d’avoir sorti ce disque des oubliettes car il est tout simplement excellent. L’alchimie Clair Obscur, ce délicieux mélange entre instruments modernes et traditionnels, électronique et acoustique, n’a jamais été aussi réussi. Le monde du groupe ne s’arrête pas à la musique, encore moins au rock. Il s’ouvre sur des horizons qui vont du cabaret au théâtre, de la performance au happening, de Jacques Higelin à Gordon Sharp, de l’orchestre de chambre à la fanfare de cirque. Il en résulte un espace insoupçonné au sein de chaque morceau, une liberté à cent lieues de tout académisme. Mais contrairement à beaucoup, Clair Obscur ne se départit jamais de son côté accessible. Tout le monde peut écouter Mercredi, Petit Créon ou La Terre. Pourquoi ? Tout simplement parce l’émotion est une valeur commune.
Philippe Jugé, 1994